Boeing et Airbus en souffrance

Boeing et Airbus en souffrance
L'usine d'assemblage Airbus de Tianjin (nord-est de la Chine). © Joseph Campbell

Les deux avionneurs subissent de plein fouet la crise de l'aérien liée au coronavirus. Si, pour l'heure, aucun licenciement n'est annoncé par l'Européen, l'Américain se prépare à réduire de 10 % ses effectifs. Dans les deux cas, les cadences de production vont être fortement ralenties.

Dans un courrier interne aux salariés et consulté par l'AFP, le directeur général de Boeing David Calhoun a annoncé une réduction d'environ 10% de ses effectifs qui s'élèvent à quelque 160.000 employés à travers le monde. 

Boeing, qui produit également des équipements militaires et spatiaux, va mettre sur pied un programme de départs volontaires et de licenciements secs dans sa division "aviation civile", a indiqué le directeur général. 

Baisse de la production

"La nette réduction de la demande pour nos produits et services pour les prochaines années ne peut simplement pas soutenir les niveaux élevés de notre production" actuelle, justifie-t-il, ajoutant que la crise sanitaire "a changé notre façon de vivre et de travailler. Elle est en train de changer notre industrie. Nous faisons face à des défis complètement inattendus".

Outre les suppressions d'emplois, Boeing va également réduire les cadences de production des long-courrier 787 et 777/777X pour s'adapter au nouveau paysage aérien. Il ne produira plus que 10 appareils 787 par mois jusqu'en 2021, contre 14 en début d'année. Il diminuera progressivement ce rythme, à 7 avions en 2022. La production du 777 et de son remplaçant 777X va elle passer de 5 avions par mois actuellement à 3 avions en 2021.

Celle du 737 MAX, suspendue depuis janvier, reprendra à de "faibles taux" au moment de la remise en service en 2020 de cet appareil et s'établira à 31 appareils par mois en 2021. Avant l'immobilisation au sol du MAX, Boeing produisait 52 appareils par mois, avant une baisse à 42 avions quelques mois après le crash d'Ethiopian Airlines (157 morts en mars 2019).

La situation pourrait empirer

Du côté d'Airbus, le constat est similaire : « En seulement quelques semaines, nous avons perdu environ un tiers de notre activité (…) Et, franchement, nous devons nous préparer à ce que cela puisse encore empirer », se désole Guillaume Faury, PDG du constructeur européen, dans un courrier envoyé vendredi aux 135.000 salariés du groupe.

Son président exécutif prépare donc les esprits à une nouvelle baisse des cadences de production. Elles ont déjà été réduites d’un tiers début avril selon « un planning de production » qui resterait valable encore « deux ou trois mois », le temps de finaliser l’évaluation de la situation et d’en « tirer les conséquences ».

« Notre trésorerie diminue à une vitesse sans précédent, écrit aussi Guillaume Faury, ce qui peut menacer l’existence même de notre entreprise. C’est pourquoi nous avons agi rapidement pour obtenir des lignes de crédit supplémentaires à hauteur de 15 milliards d’euros. »

Le patron d’Airbus ne se montre pas très optimiste non plus sur le plan social. « Nous devrons peut-être aussi prévoir des mesures de plus grande envergure à cause de l’ampleur de cette crise et de sa durée probable », prédit-il, après avoir rappelé qu’Airbus a déjà recours à « toutes les mesures RH » et au chômage partiel dans plusieurs pays.