« Les 4000 € d’un Paris-New York, les entreprises ne les payeront plus » (Marc Rochet, Air Caraïbes et French Bee)

Au congrès Selectour, Marc Rochet aux côtés (de g. à d.) de Michel Monvoisin (Air Tahiti Nui) et Christian Vernet (La Compagnie).

Invité d'une table ronde consacrée aux compagnies, lors du congrès Selectour qui s'est tenu la semaine dernière en Tunisie, Marc Rochet (Air Caraïbes et French Bee) a exposé avec son franc-parler habituel sa façon de voir sur quelques grands sujets de l'aérien. Survol...

Rôle de l'Etat, rémunération des agences, prix des billets d'avion, business travel, écologie... Les enjeux de l'aérien sont nombreux et il ne faut pas beaucoup pousser Marc Rochet, dirigeant d'Air Caraïbes et French Bee, pour qu'il apporte son écot aux débats...

L'Etat, piètre stratège

"Une pauvre performance de l'aérien français". C'est le constat que fait et déplore Marc Rochet, dirigeant de French Bee et Air Caraïbes. C'est "triste" et même "catastrophique pour la France". L'un des responsables de cette situation est clairement identifiable pour : "L'Etat (qui) se considère comme stratège" et dont "les aides aux compagnies sont irrationnelles et sans critère de modernisation".

Pour le patron d'Air Caraïbes et French Bee, la dernière preuve de cette supposée indigence a pris la forme de ce projet de fusion entre Air Austral et Corsair, comme si le rapprochement de deux malades pouvait contenir quelque vertu sanitaire...

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Les commissions aux agences sont toujours là !

Laurent Abitbol, président du groupe Marietton (Selectour et Havas Voyages) avait, quelques heures auparavant, ouvert son congrès en même temps que les hostilités : les compagnies aériennes devaient augmenter leur prix de 100 € pour leur propre santé, et même de 150 € pour être en mesure de rémunérer les agences par un retour de la commission.

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Marc Rochet n'y croit pas un seul instant. Non seulement parce que les tarifs de l'aérien n'augmenteront pas, mais aussi parce que les incentives et commissions perçues par les agences de la part des GDS sont en fait des transferts de l'argent versé par les compagnies aux mêmes GDS : les commissions existent de fait.

Le prix du billet n'augmentera pas

Les tarifs de l'aérien n'augmenteront donc pas pour Marc Rochet. En cela, il est rejoint par l'ensemble des participants de son panel, notamment Michel Monvoisin, PDG d'Air Tahiti Nui et Christian Vernet, PDG de La Compagnie. Et si l'on soupçonne les compagnies challengers de vendre à perte, il dégaine alors : "Qu'on ne nous accuse pas de ça alors que les programmes de fidélité des legacy consistent à offrir des billets à tour de bras !"

Comment, dès lors, résister à l'augmentation des prix du pétrole et à la raréfaction d'une partie de la clientèle business ? "Il existe d'autres moyens pour être plus performants : utiliser des avions de dernière génération - B787 ou A350 - avec lesquels la consommation diminue de 20 à 25% par siège, améliorer sa distribution, le taux de remplissage, enlever - comme on l'a fait - une hôtesse par vol."

Non seulement les prix ne vont pas augmenter, mais, en ce qui concerne les places avant au moins, ils vont baisser : "Ceux qui prennent des Paris-New York à 4000 €, c'est leur entreprise qui paye... et elle va bientôt arrêter de le faire."

-50% en 2030

Concernant les objectifs de -50% d'empreinte carbone que doit atteindre le secteur aérien à l'horizon 2030, Marc Rochet est optimiste, c'est le moins qu'on puisse dire. Pour lui, le compte y serait presque, à la condition de quelques efforts : "Entre les avions de dernière génération, la généralisation du vol en canard et des trajectoires fines, l'enfouissement du carbone, et l'électrification des véhicules aéroportuaires, on en est déjà pas loin."