Monopilotage : inévitable pour Marc Rochet, inacceptable pour le SNPL

Sur les futurs avions court et moyens courriers pourrait œuvrer un seul pilote aux commandes d’ici dix ans. Mais le Syndicat national des pilotes de ligne annonce déjà qu’il va s’opposer à ce projet, n’hésitant pas à considérer qu’il représentait une menace pour la sécurité aérienne…

Le SNPL (Syndicat national des pilotes de ligne) a indiqué, ce jeudi dans un communiqué, être opposé à la mise en place des opérations monopilotes telles que celles proposées par certains opérateurs. Airbus et Cathay Pacific, parmi d’autres, ont dévoilé il y a peu leur projet consistant à n’avoir plus qu’un seul pilote aux commandes d’un avion court moyen courrier. Plus tôt cette année, le Directeur exécutif de l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) avait posé de premiers jalons en se déclarant favorable au développement des opérations monopilotes. Les futurs avions amenés à remplacer les A320 et B737 « seront-ils conçus pour un seul pilote ?», s’est d’abord interrogé Marc Rochet, au cours du dernier Paris Air Forum, le 21 juin dernier.

Pour le vice-président d’Air Caraïbes et président de French bee, cela ne fait aucun doute, certaines compagnies s’engageront sur cette voie et les autres seront bien obligées de suivre : «En court et moyen courrier, la décision de basculer sur un seul pilote est déjà prise ! On sait bien les coûts qu’il y a derrière tout ça, les progrès du monde digital. Et l’on n’arrête pas ce genre d’évolution. J’ajouterais que les pilotes en sont peut-être aussi un peu responsables». Le groupe Dubreuil (Air Caraïbes, French bee) sera-t-il de la partie ? « On y travaille. L’horizon pour le moyen-courrier monopilote est de moins de dix ans », a répondu Marc Rochet.. Et pour le nombre d’équipages sur le long-courrier ? « Pour la réduction des compo équipages multiples, disons moins de dix ans, et pour les compo équipages systématiques à deux, plutôt dix ans».

Le SNPL reconnaît que «si à certains moments et sur certaines lignes, le vol se déroule sans difficulté imprévue, la charge de travail peut effectivement être temporairement  réduite ». Mails il ajoute que « l’idée récurrente consistant à vouloir réduire les coûts en réduisant le nombre de pilotes n’est pas réaliste et est surtout dangereuse ». Et le «bilan économique global de ce projet n’est jamais présenté».

«Les technologies, ajoute le syndicat, ont certes fait d’énormes progrès et c’est en partie grâce à ces derniers que la sécurité des vols s’améliore d’année en année, mais le haut niveau de sécurité atteint par l’industrie du transport aérien repose avant tout sur un pilier fondamental : la synergie et la surveillance mutuelle entre deux membres d’équipage. Ce haut niveau de sécurité est en effet indissociable de la présence en permanence au cockpit de deux pilotes entraînés et reposés, en état de vigilance et en capacité de reprendre les commandes à tout moment ». 

Pour le SNPL, « alors que dans les manuels pilotes, il est répété des centaines de fois (en préambule et dans les procédures) que la règle d’or est pour les pilotes de vérifier, et vérifier encore et encore tout ce que fait l’autre pilote, d’échanger tout au long du vol, d’exprimer leurs doutes quand une évolution n’est pas prévue, etc. Airbus propose de tirer un trait brutal sur cette synergie qui a prouvé son efficacité». Le syndicat de pilote conclut son courrier en indiquant qu’il mettra tout en œuvre pour s’opposer aux projets de l’industrie visant à réduire le nombre de membres d’équipage technique. On l’avait bien compris…