Patrice Vergriete sera-t-il un ministre des Transports « pro-train » ou « pro-avion » ?

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Patrice Vergriete sera-t-il un ministre des Transports

Après 28 jours d'une attente intolérable, le nom du nouveau ministre de Transports est enfin connu : Patrice Vergriete. Retour sur son parcours pour tenter de tracer les chemins à venir...

En ce mardi de février 2024, alors que nous assistions à l’assemblée générale du Board of airlines Representatives et qu’on s’accordait une pause tabagique sur un trottoir non loin de l’Opéra de Paris, on croisa la route de Clément Beaune allant d’un pas pressé. On se surprit alors à penser : “Espérons qu’aucun des DG de compagnie aérienne présents au raout ne se trouve dans les parages, sinon, le risque de lynchage existe”. 

Clément Beaune, estampillé ministre des Transports “pro-train”, donc. Tout le contraire de son prédécesseur, Jean-Baptiste Djebbari, pilote de son état, et identifié “pro-avion”. Puisque ce portefeuille est désormais antagonisé, posons-nous la question de savoir quel camp aura les faveurs du fraîchement nommé Patrice Vergriete. 

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Bien sûr, ce seront ses actes qui répondront à cette question. On ne peut donc s’en tenir qu’à des conjectures, mais son parcours peut éventuellement donner quelques indications. Commençons antéchronologiquement (rien que pour le plaisir d'écrire un mot de 21 lettres) : le désormais transporteur-en-chef occupait, jusqu’il y a un mois, la fonction de ministre du Logement dans le gouvernement Borne, et il se murmure qu’il aurait préféré la conserver. Preuve que les secteurs en crise ne lui font pas peur.

Des dossiers sur le maroquin

Le transport, lui, n’est pas en crise, mais en profonde mutation, en vertu de la transition écologique. Outre un certain nombre de mouvements sociaux annoncés ou en gestation - la routine (SNCF, routiers, taxis, chauffeurs VTC…), outre les circonstances très particulières de la coordination des transports durant les JO de Paris, sur le bureau du ministre, une bonne partie des dossiers est effectivement liée à la décarbonation, à l’électrification du parc automobile, notamment : bonus écologique (appelé à baisser), prime à la conversion, leasing social.

Il se trouve que le Dunkerquois, terre d’élection (et de naissance) de Patrice Vergriete, accueille deux gigafactories de batteries, Verkor et ProLogium. Quand la mission d’un ministre peut s’accorder aux intérêts de son fief électoral, on peut raisonnablement parier sur une motivation démultipliée. Car - ce n’est pas si courant en Macronie - Patrice Vergriete bénéficie effectivement d’un ancrage local fort. 

Champion d’Europe

Maire de Dunkerque durant 9 ans, jusqu’en 2023, cet ancien socialiste (il a rendu sa carte en 2013) est aujourd’hui président de la communauté urbaine de cette même ville, depuis 2014. C’est à ce poste qu’il obtint une petite notoriété européenne en 2018 : il fit de ce territoire la plus grande agglomération continentale dont les transports publics sont gratuits. 75.000 passagers en bénéficieraient chaque jour.

C’est donc au transport qu’il doit ses galons les plus rutilants. Ce diplômé de l'X et des Ponts-et-Chaussées est d’ailleurs unanimement reconnu comme un expert en politiques urbaines - le logement, donc, mais aussi, bien sûr, le transport. Ce qui lui a certainement valu d’être élu président, en décembre 2022, de l’Afit (Agence de financement des infrastructures de transport). 

Alors ? Pro-avion ou pro -train ? 

C’est donc peut-être en empruntant une bifurcation “mobilité urbaine” que le nouveau ministre imprimera sa marque, tout en évitant cet antagonisme que d’aucuns, et pas des moindres, jugent stérile. Il y échapperait d’autant plus facilement que dans les dossiers immédiats, nul trace d’aérien. On peut d’ailleurs le regretter : la pertinence d’une taxation du kérosène, le développement d’une filière de carburants durables pour l’aviation (SAF) mériteraient peut-être une place plus éminente sur l’agenda ministériel. 

D’autre part, le débat sur la fermeture de lignes aériennes au profit des liaisons ferroviaires de 2h30 ou moins est derrière nous. Le ministre aura certes à rendre concrets les 100 milliards d’euros promis par Elisabeth Borne pour mener un vaste un plan ferroviaire en France à l'horizon 2040. Mais à moins qu’il compte les trouver sur le dos de l’aérien (comme le préconisait Clément Beaune), pas de quoi ranimer une nouvelle guerre rail/air.

Notons pour conclure, puisqu’il s’agit de faire connaissance, que Patrice Vergriete mesure 2,02 mètres. Ce qui rend ridicules les 189 centimètres de Chirac, les 190 de Louis XVI, les 191 de Villepin, et même les 193 de De Gaulle, tout en constituant une première partie de réponse pour ceux qui se demandent : “Aux Transports, aura-t-il l’envergure ?”