Le vrai du faux – Le programme hôtelier en entreprise

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La rédaction de DéplacementsPros soumet plusieurs vérités et contrevérités à un expert du secteur afin de démêler le vrai du faux concernant un sujet précis lié au voyage d’affaires. Pour ce premier volet, nous avons interrogé Pierre Mesnage, Managing director Western Europe chez HRS, sur les programmes hôteliers en entreprise. Réservation via les OTA, RSE ou bien encore économies de coûts, on démêle le vrai du faux côté voyageurs et gestionnaires. 

Passer par une OTA pour effectuer une réservation est souvent moins cher et plus facile au niveau de l’expérience utilisateur

Pierre Mesnage : Selon moi, c’est faux mais ça dépend du choix fait par l’entreprise lorsqu’elle sélectionne ses prestataires et de sa PVE. Si on a un bon programme hôtelier, il n’y a pas de raison que cela soit moins cher sur une OTA, généralement c’est même le contraire puisque les programmes sont plus performants. La plateforme de réservation doit être capable de proposer ses propres deals pour limiter le leakage, mais parfois cela ne dépend pas de nous. Certaines agences de voyages ne jouent pas le jeu en proposant des prix plus attractifs et récupèrent ensuite des revenus de façon masquée. Sur l’aspect expérience utilisateur, là aussi c’est au prestataire de s’adapter aux nouveaux usages et à la façon de consommer du collaborateur en poussant une offre personnalisée et limitée, par exemple. Si cela est bien fait, l’expérience sur une OTA n’est pas meilleure. 

Il est nécessaire de renégocier les contrats avec les hôteliers et de revoir l’inventaire des établissements chaque année.

Vrai. Du moins, je le conseille. Après, il y a la problématique structurelle et certaines entreprises souhaitent garder un contrat avec un hôtelier car les prix ont augmenté d’une année à l’autre, mais dans l’ensemble il faut pouvoir le faire. D’une part pour s’assurer que les chambres et les tarifs sont toujours disponibles, mais également car un programme hôtelier se pilote de façon continue. Je pense la même chose pour l’inventaire, il faut revoir régulièrement la liste d’hôtels sélectionnés car le secteur change beaucoup. 

Un bon programme hôtelier est un programme qui fait réaliser des économie à mon entreprise.

Vrai, mais pas que…Il faut également penser à la sécurité, à la durabilité, au social et à la satisfaction du client. On peut alors placer le curseur de façon plus ou moins poussée selon les paramètres, mais un bon programme hôtelier ne se définit pas uniquement par les économies réalisées. L’objectif est de s’assurer que le voyageur se déplace dans les meilleures conditions au meilleur prix. 

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Les grandes chaînes hôtelières sont plus adaptées à accueillir les voyageurs d’affaires que les hôteliers indépendants. 

Faux, totalement faux. On se bat d’ailleurs chez HRS pour lutter contre cela et mettre en avant tous les hôteliers. Si un hôtel indépendant fait un super travail il faut pouvoir le mettre en avant et il sera davantage réservé. Les chaînes hôtelières apportent un standard rassurant pour les entreprises mais l’époque où il fallait à tout prix pousser les réservations dans ce type d’établissement est révolue. 

Calculer le score de durabilité d’un hôtel est plus compliqué sur la partie transport. 

Vrai. Cela demande de connaître les hôtels et c’est là où l’écart se creuse entre les prestataires. Certains ne connaissent pas bien les hôteliers et, contrairement à l’aérien ou au ferroviaire, la donnée est difficilement quantifiable car de nombreux paramètres doivent être pris en compte : consommation d’eau, d’électricité, gestion des déchets…L’offre est plus diffuse et il n’existe pas encore de méthode de calcul qui permette de calculer ce score de façon précise. 

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Pour autant, l’aspect RSE dans le pilotage d’un programme hôtelier est tout aussi important que celui appliqué sur la partie mobilité. 

Vrai. Je dirais même que cela devient une vraie problématique car les entreprises ont besoin d’avoir un reporting sur cette partie, mais la donnée est très compliquée à obtenir. Selon moi, cela va être un élément stratégique pour les prestataires. De nombreuses entreprises ont des engagements en matière de neutralité carbone et sur la partie hôtellerie on ne sait pas où on en est. Il va donc falloir être capable de proposer une vision globale sur ce sujet et de calculer précisément l’empreinte carbone des établissements. La part de l’hôtellerie dans la dépense totale des entreprises ne fait qu’augmenter, contrairement à celle des transports. Son impact va donc être de plus en plus important lors des bilans RSE.