La première compagnie du monde

Le mariage British - Iberia est officiel et même si les deux compagnies gardent chacune leur identité propre, cette alliance fait naître un nouveau poids lourds d'une certaine cohérence en terme de dessertes géographiques. Il reste que les ambitions affichées par ses dirigeants laissent notre chroniqueur Jean-Louis Baroux quelque peu surpris.

La première compagnie du monde
Ça y est, British Airways et Iberia vont créer un nouveau groupe de rang mondial appelé International Airlines Group. Les actionnaires, dont il est d’ailleurs difficile d’avoir la liste de la part de chaque compagnie, ont approuvé l’opération. Il ne reste plus que l’aval des conseils d’administration, ce qui ne devrait pas poser de problème.

Le nouvel ensemble est impressionnant. Il est constitué de la 9ème et de la 22ème compagnie mondiale. Par parenthèses, la négociation a dû être ardue pour amener à une parité de 45% pour Ibéria et de 55% pour British Airways. Si on additionne les résultats du dernier exercic,e on trouve un chiffre d’affaires de 18,92 milliards de dollars (12,784 pour British Airways et 6,136 pour Iberia, mais la compagnie Vueling filiale d’Iberia n’est pas comptée dans ces résultats). Ces montants sont à comparer aux 31,01 milliards de dollars de Lufthansa Group et aux 29,66 milliards de dollars d’Air France / KLM. Ces montants donnent un peu le vertige. Tout comme d’ailleurs les pertes cumulées des deux compagnies en 2009 : 849 millions de dollars pour British Airways et 380 milliards de dollars pour Iberia (toujours sans compter Vueling), ce qui fait tout de même une perte totale de 1,23 milliards de dollars.

Plus étrange m’est apparue la déclaration de Willie Walsh, le futur CEO de l’ensemble, qui fixe à International Airlines Group l’objectif de devenir «la première compagnie mondiale». En quoi un tel but est-il intéressant, en dehors de fournir une base de communiqués de presse ? On aurait pu penser que la vocation de ce nouvel ensemble soit de devenir le plus profitable et ainsi de donner grande satisfaction à ses actionnaires. On aurait pu également imaginer qu’il devienne la meilleure compagnie mondiale pour sa qualité de service afin de rendre ses clients heureux. Rien de tout cela, le but fixé est uniquement de devenir le plus gros.

Rien de nouveau sous le soleil, La Fontaine en son temps avait déjà dans la fable «La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf» bien expliqué les motivations et la fin lamentable de celui qui veut grossir à tout prix. J’avoue ne pas comprendre que des personnes certainement intelligentes affichent encore à de telles envies. Car pour devenir la première compagnie mondiale en termes de volume, bien entendu, le nouveau groupe devra encore acquérir beaucoup de nouvelles compagnies. C’est d’ailleurs bien ce qui a été annoncé dès la première conférence de presse avec une liste, secrète pour le moment, d’une vingtaine de « cibles ». Pourquoi ce langage de chasseur ? Pourquoi l’énergie de la toute nouvelle société serait-elle consacrée à acquérir de nouveaux transporteurs plutôt que d’améliorer le produit de l’une et l’autre des compagnies actuelles. Car il faut bien dire que ni British Airways, ni Iberia ne sont réputées pour la qualité de leur produit.

Le plus gros profit de l’année 2009 a été réalisé par Emirates avec 963 millions de dollars pour un chiffre d’affaires de 11,57 milliards de dollars ce qui fait tout de même un taux de profit de 8,3% par rapport au chiffre d’affaires. Or paradoxalement cette compagnie ne pointe qu’au 11ème rang mondial et elle n’a pas l’intention d’entrer dans une quelconque alliance. N’y a-t-il pas un exemple à suivre ?

Lors de son dernier passage en Europe Tim Clark s’est presque excusé de ses résultats, soumis qu’il est à une pression intolérable des grands transporteurs européens qui sont incapable de fournir une prestation de même niveau et qui voient par conséquent leur clientèle de haut de gamme déserter leurs services au profit des compagnies du Golfe. Soyons sérieux. On ne voit pas pourquoi les grandes compagnies aériennes seraient incapables de proposer des produits de même niveau. Tout simplement, elles ne le veulent pas car elles s’occupent bien plus de leurs personnels que de leurs clients.

La leçon à tirer est très simple : plutôt que mettre son énergie à faire de la croissance et à essayer à toutes forces de gagner des parts de marché en dégradant leur produit et leur recette, les grands transporteurs feraient beaucoup mieux de travailler leur produit pour le mettre au standard auquel les compagnies du Golfe et les compagnies asiatiques l’ont élevé.

Souhaitons néanmoins bonne chance à International Airlines Group, à ses dirigeants, à son personnel et….. à ses clients.

Jean-Louis BAROUX