Le président de SnapCar-LeCab dénonce la fermeture de la rue de Rivoli aux VTC dans une lettre ouverte à Anne Hidalgo

Le président de SnapCar-LeCab dénonce la fermeture de la rue de Rivoli aux VTC dans une lettre ouverte à Anne Hidalgo

La rue de Rivoli est désormais fermée à la circulation des voitures de "monsieur et madame tout le monde". Les véhicules professionnels y ont en revanche accès. Tous - livreurs, artisans, taxis - sauf les VTC. Une discrimination que dénonce Yves Weisselberger, Président de SnapCar-LeCab, dans une lettre ouverte à la maire de Paris publiée vendredi dernier. La voici dans son intégralité.

Anne Hidalgo, pourquoi vous acharnez-vous sur les VTC ?

Mon propos n’est pas politique, je ne suis pas électeur parisien. Je n’exprime aucune préférence pour l’élection municipale du 28 juin. Il n’en reste pas moins que vous êtes la grande favorite, quasiment assurée de votre réélection. (Depuis dimanche 28 juin, Anne Hidalgo a effectivement été largement reconduite à son poste)

Vous avez fermé la rue de Rivoli à la circulation, temporairement et pour des raisons sanitaires. Vous avez par la suite affirmé que cette fermeture serait définitive, ce qui laisse entendre que le Covid n’était pas la motivation de cette décision. Ce n’est pas très surprenant; on ne voit pas très bien le lien entre la circulation automobile et la circulation du virus.

Ce choix est un élément de la politique de la ville en général, aux électeurs de se prononcer à ce sujet. Ce qui l’est moins, c’est le parti pris qui a consisté à accepter le passage de toutes les catégories de professionnels, qu’il s’agisse des taxis, des artisans, des véhicules de livraison, sauf une seule : les VTC. Vous avez ensuite passé aux forces de police des consignes spécifiques les concernant, demandant aux personnes chargées des contrôles une attention particulière aux chauffeurs concernés, même s’ils fournissent une carte justifiant de leur statut d’artisan.

Vous n’ignorez pas Madame la maire, que les chauffeurs VTC sont dans une situation terrible suite à la crise que nous traversons. Leur chiffre d’affaires a été divisé par 5 et il est probable que nombre d’entre eux auront disparu dans les semaines qui viennent. Ils ont d’ailleurs pour cette raison été inclus dans les mesures spécifiques du gouvernement réservées aux professions les plus touchées telles que le tourisme et la restauration. Mais nous le savons tous, cela ne suffira pas. En leur fermant la rue de Rivoli, centrale parce qu’elle est un axe incontournable pour traverser Paris d’Est en Ouest, mais aussi destination touristique avec ses grands hôtels, vous leur donnez le coup de grâce.

Nous savons aussi que les restrictions de circulation vont se multiplier pendant votre prochain mandat. Cela fait partie de votre programme. Nous avons tout lieu de craindre que vous reproduisiez cette ségrégation vis-à-vis des VTC, continuiez à favoriser les taxis, et que vous soyez donc en train de tuer une profession puisque la région parisienne représente 80% de leur activité en France.

Vous auriez parfaitement le droit de souhaiter à titre personnel une législation différente concernant les VTC. Il y a un lieu pour cela : l’Assemblée Nationale. Mais il me paraît anormal d’utiliser votre position de maire de la plus grande ville de France pour faire passer en force des idées qui ne sont pas d’ordre local. La circulation dans Paris fait partie de vos responsabilités et vous avez une légitimité complète à prendre des décisions à ce sujet si vous êtes élue. Changer les règles de la concurrence entre les taxis et les VTC serait une décision nationale. La récente loi mobilité n’a pas donné pouvoirs aux élus locaux pour le faire. En utilisant le plan de circulation pour parvenir à ce résultat, vous en détournez l’objet.

Enfin, vous avez donné ce lundi une interview à BFM et je voudrais corriger un certain nombre d’inexactitudes que j’espère involontaires.

D’abord il n’est pas correct de dire que les taxis font partie du transport public de personnes et que ce n’est pas le cas des VTC. Les deux font partie statutairement de ce qu’on appelle le T3P, Transport Public Particulier de Personnes.

Il semble aussi que vous ignoriez que l’examen pour devenir chauffeur VTC est à peu près le même (à un module près concernant justement la réglementation) que celui de chauffeur de taxis.

Vous ne pouvez pas ne pas en être consciente, l’autorisation de stationner des taxis, appelée familièrement “plaque”, correspond au droit de se faire héler sur la voie publique, droit que n’ont pas les VTC. Elle est d’autre part gratuite et c’est une pratique parallèle de cession de seconde main qui leur a conféré une valeur fiduciaire.

Enfin, vous avez indiqué que le recours en justice contre l’arrêté “rue de Rivoli” auquel plusieurs organisations ont procédé a été rejeté. Ce n’est pas le cas. Le Tribunal Administratif ne s’est pour l’instant prononcé que sur l’urgence et non sur le fond.

Mais ce qui m’intéresse, Madame la maire, n’est pas d’entretenir une polémique. Je souhaite vous sensibiliser au sort de 20 000 personnes qui vivent du transport de personnes et auxquelles vous n’avez aucune raison de vous attaquer. Ces 20 000 personnes vont perdre leur emploi, elles ont besoin que vous les aidiez. La sympathie pour les taxis, que je partage d’ailleurs, n’entraîne pas la nécessité de nuire à une profession concurrente. Je vous appelle donc à reconsidérer la position que vous avez prise les concernant.