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Lundi 9 Octobre 2017

A la SNCF, une petite grève peut en cacher une autre !



L'appel à la grève dans le secteur public a trouvé un écho du côté de la SNCF où la CFDT Cheminots, Sud-Rail et l'Unsa appellent à la grève. Les voyageurs d’affaires ne subiront pas trop de conséquences a priori, mais attention, ce n’est pas fini nous avertit Pat, notre chroniqueur ferroviaire. Et il recommande à tous de surveiller la situation sociale à la SNCF comme le lait sur le feu.



un train Regiolis en Aquitaine DR
un train Regiolis en Aquitaine DR
Grève à la SNCF ce mardi, combien de divisions ? Nos lecteurs vont penser : comme d’habitude, la CGT, SUD…

Ben non ! Pas la CGT. Pas cette fois-ci. A la SNCF, la CGT-Cheminots n’a pas déposé de préavis de grève national pour le 10 octobre. L’heure est pour cette organisation, la première de la SNCF (34,33 % des suffrages aux dernières élections professionnelles), à poursuive l’ancrage (sic) de la mobilisation.

Mais alors qui fait grève ? Sud-Rail bien sûr (16,83 % de représentativité) qui s’est fait une spécialité d’avoir toujours un préavis long sous le coude, prêt à servir à chaque fois qu’une occasion se présente et il y en a souvent!

L’UNSA (23,86 %), a seulement lancé un évasif appel à donner de la voix. L’UNSA-Ferroviaire, issue d’un syndicat catégoriel de cadres et d’agents de maîtrise de la SNCF, est restée une organisation très marquée encadrement. Hyper-sensible sur les liants du contrat social (statut du personnel, retraite, déroulement de carrière, facilités de circulation…). Alliant volontiers un discours cégétiste de bon aloi mais avec, le plus souvent, une faible mobilisation de ses troupes pour s’engager dans une cessation concertée de travail (l’expression savante du vocabulaire RH à la SNCF pour désigner une grève).

Fait nouveau à la SNCF dans la période, cette fois-ci c’est la très raisonnable CFDT-Cheminots (15,15 %) qui entre dans la danse. Attention, la CFDT chez les cheminots, c’est aussi la FGAAC, le syndicat autonome des agents de conduite (30 % de la profession). Mais pas de quoi s’affoler. Son appel à une manifestation devant le Ministère des transports est certes assorti du dépôt d’un préavis de grève, mais en tout petit sur son tract ! Dans son adresse aux cheminots, elle était plus radicale il n’y a de cela que quelques jours, n’hésitant pas à employer le terme d’ultimatum. Vocabulaire guerrier.

Une grève pour quoi, contre quoi ?

Les ordonnances, certes. Mais aussi, pour le cheminot lambda, certainement bien davantage et surtout plus concret que ça !

Il faut dire que ces dernières semaines rien ne leur a été médiatiquement épargné aux cheminot(e)s, renforçant leur sentiment de citadelle assiégée. Un tapage médiatique fin juillet quand la gare Montparnasse fut bloquée trois jours en raison d’un incident technique aux abords d’un poste d’aiguillage. Les cheminot(e)s ont horreur de ça. Viscéralement attachés à leur entreprise, ils ne supportent pas qu’on en dise du mal. Il n’y a qu’eux à avoir le droit de dire du mal de la (direction) SNCF. C’est comme ça !

Puis, d’aucuns sont venus agiter des chiffons rouges : leur Statut, leur retraite… à revoir et réformer profondément, dixit le Président de la République. De vilaines choses citées d’abord dans la communication interne de l’entreprise, mais sans réaction immédiate du corps social. Il faudra attendre, deux mois plus tard, une reprise dans des médias nationaux. Information soufflée à dessein pour qu’elles soit enfin relayée et atteigne sa cible puisque, manifestement, les cheminot(e)s ne semblent pas trop lire, ni dans le texte, ni entre les lignes, la prose de communication interne qui leur est destinée ? La question est posée.

Puis, les velléités de rogner le périmètre des facilités de circulation du moins pour les ayants droit ascendants. Ces "billets gratuits" sont certainement fort peu utilisés en nombre dans cette catégorie, mais c’est surtout un symbole et la crainte qu’en tirant sur un fil, tout l’écheveau finisse par se défaire.

Et coup de massue, le transfert obligatoire des personnels aux nouveaux exploitants ferroviaires, si d’aventure la SNCF venait à perdre des marchés avec les régions. Appel d’offre soumis à concurrence oblige. La concurrence, un gros mot pour les cheminot(e)s.

Drôle de concurrence d’ailleurs. Car pour aller d’un point A à un point B, le voyageur n’aura toujours pas le choix. Le logo de son train aura changé. Les voies, les caténaires, les signaux, les postes d’aiguillage, les commodités ou pas des gares, resteront bien évidement les mêmes, avec leur lot d’incidents et d’aléas sur les infrastructures. Et le personnel, ces sacrés cheminots volontiers très revendicatifs - qui ne seraient pourtant pas très efficaces selon leurs imprudents détracteurs - les nouveaux entrants les veulent à leur service, d’autorité ou volontaires d’office même ! Car sans eux, comment faire rouler des trains ? Paradoxal. Des cheminots qui, après avoir été formés par la SNCF (à la conduite des trains notamment) pour un coût interne non négligeable ne peuvent assez souvent et pendant un temps suffisant aller ailleurs que contre paiement d’un dédit-formation. Là, cadeau aux nouveaux exploitants ? Seront moins chers, c’est sûr ! La Cour des comptes pourra encore venir en redire.

De drôles d’idées venant d’une proposition de loi (même pas un projet de loi), qui n’avait auparavant fait l’objet que d’une mise en garde de la CFDT à l’adresse des Sénateurs Maurey et Nègre, auteurs de la proposition. Jusqu’à ce qu’à leur tour, sous couvert de l’U.T.P. (l’organisation syndicale patronale du secteur), les entreprises ferroviaires s’entendent sur le transfert obligatoire du personnel (or la SNCF est un acteur important, sinon même le bailleur de fonds, de l’U.T.P.).

N’en jetez plus ! A moins que Guillaume Pepy en personne ne veuille mettre les cheminot(e)s en grève pour mieux garder la main face aux pouvoirs publics ? Qui sait ?

Car qui peut croire que socialement tout cela va bien se passer ?

Et la CGT dans tout ça ?

Eh bien, la CGT-Cheminots souhaite manifestement, pour l’heure, compter les points. Plus exactement les grévistes à l’appel des autres. Et ce faisant, une fois n’est pas coutume, elle fait la grève… de la grève à la SNCF ce 10 octobre.

Car elle se doute bien, la CGT, que son homologue et concurrente (peu menaçante) de la CFDT-Cheminots ne risque pas de mobiliser les foules. Quand bien même elle cernerait bien les motifs de mécontentement parlant aux cheminot(e)s et esquisserait des réponses qu’elle veut toujours pragmatiques, elle n’a pas les capacités militantes suffisantes pour mener à bonne fin une mobilisation d’ampleur. La CGT, elle, les a. Laisser la CFDT, qui semble avoir voulu imprudemment et ponctuellement être plus radicale qu’elle, mariner dans son appel à la grève peu suivi d’effets, suffit parfaitement au bonheur de la CGT et sert sa propre stratégie. Le signal sera clair : il y a grève à la SNCF quand la CGT le décide. Il n’y a pas grève le jour qu’elle n’a pas décidé !

Bien sûr, il y a aussi les éternels trublions de Sud-Rail, qui ne sont pas à une journée d’action près. Ne jamais les perdre de vue ceux-là. Certes, au fur et à mesure que l’assise électorale de l’organisation réputée radicale s’est développée et qu’elle a attiré à elle de nouveaux adhérent(e)s, plus jeunes, plus inexpérimentés, davantage éloignés peut-être de sa doctrine fondatrice, Sud-Rail a un peu perdu de sa faconde (mais pas partout, et la SNCF est vaste !). Il n’est pas toujours évident pour Sud-Rail de ne regrouper que des militants révolutionnaires ou radicaux (euh, c’est la SNCF qui les a embauchés !), prêts à se sacrifier pour toute cause pourvu qu’elle serve à bloquer l’économie (le mot d’ordre le plus fréquemment relayé dans la période sur les réseaux sociaux cheminots non modérés).

Mais attention, l’histoire de Sud-Rail est faite de conflits certes minoritaires en nombre de participants, mais extrêmement bloquants et désorganisant la production de la SNCF. Il lui suffit de mobiliser deux ou trois jours de suite dans quelques dépôts, quelques ateliers, quelques points névralgiques et stratégiques du réseau ferré. Sud-Rail le sait et concentrera ses initiatives là où elle est en pole position. La CGT essaiera de ne pas les lâcher d’une semelle pour ne pas se faire déborder. Et le premier à souhaiter que la CGT ne se fasse pas déborder et y avoir intérêt sera, qui ? Guillaume Pepy, pardi !

Alors, en point de sortie le moment venu, à la CGT et aux cheminots qui lui font confiance (les entreprises ont les syndicats qu’elles méritent), il faudra bien leur donner quelque chose.

Et ce quelque chose, c’est finalement peu ou prou ce que veulent l’immense majorité des clients, consommateurs, usagers de la SNCF : des trains pas chers, partout, rapides, confortables et à l’heure…


Dans son exercice de communication "La vraie info " (la CGT a appris de Guillaume Pepy !), l’organisation syndicale développe et détaille tout ça de long en large. Les voyageurs d’affaires peuvent même répondre à un sondage en ligne.

Ce 10 octobre, les chiens aboient, la caravane passe. Autour du 20, la CGT reprend la main et l’initiative avec des troupes cheminotes chauffées à blanc. Là, les voyageurs d’affaires peuvent être inquiets.

PAT



1.Posté par Arnaud le 10/10/2017 17:03
Votre chroniqueur a tout à fait raison ! On risque d’avoir le « bal des faux culs » : la « fameuse concurrence » pourrait aussi être organisée par la SNCF : la SNCF n’est qu’une entreprise publique donc au service de la nation. L’Etat pourrait demander à la SNCF de faciliter l’émergence d’une concurrence comme cela s’est fait pour les télécoms. Mais avec une différence de taille, le ferroviaire a un rendement capitaliste très faible.

L’histoire le montre bien : au XIXe siècle pour ne pas voir disparaître les premières lignes de chemin de fer à la première crise économique l’Etat a dû se résoudre à mettre en place le régime des concessions avec garantie d’intérêt et prendre à sa charge la construction des infrastructures. Et en 1937, devant le risque de faillite des compagnies privées, l’Etat a repris en catimini l’exploitation du réseau avec indemnisation des anciens actionnaires des compagnies, improprement appelée nationalisation. L’ouverture à des entreprises autres que SNCF peut se faire de deux manières : développement des cars en lieu et place du réseau ferré. Là on élimine toutes les contraintes du rail, sociales et techniques. Ou en deuxième pour les lignes denses de dessertes des métropoles par l’attribution (appel d’offres) à une des quelques entreprises du secteur du transport capable de faire circuler des trains surtout si c’est l’entreprise historique qui paye la formation du personnel et prend les risques.

Sur les lignes de banlieue, la collectivité paye une bonne partie des coûts. Payer la SNCF ou une autre entreprise c’est bien la même chose. Le gouvernement veut lutter contre ce qu’il qualifie de « rente » comme les statuts du personnel. Le dogme risque de l’emporter sur toute autre considération. Dans ce cas on passerait d’un monopole public à un monopole privé ou tout au moins à un oligopole (vous avez dit « rente »).

Le « sale boulot » d’épuration du corps social cheminot et du rognage des protections sociales pourra être fait par l’entreprise privée qui elle n’est pas contrainte par « les comptes à rendre à la nation » et à ses représentants. On peut rappeler ici la méthode utilisée par la SNCF pour obtenir une baisse des coûts de la restauration ferroviaire on confiant le marché à une entreprise plus « innovante » an matière sociale que les grandes entreprises du secteur obligées de respecter un certain nombre de règles dont la nouvelle entreprise (Crémonini si mes souvenirs sont exacts) n’avait pas de scrupules à bafouer. La SNCF regardant ailleurs pendant ce temps.

Et puis comment expliquer aux salariés du privé soumis à une déréglementation accrue que les cheminots eux ne participent pas à « l’effort de redressement » ? La mise en place d’une entreprise autre que la SNCF pourrait faciliter la liquidité du statut des agents et de tout ce qui y est attaché. Cela prendra du temps, mais quand le mouvement est enclenché…

À court terme Pépy (et le gouvernement à qui il doit tout de même rendre des comptes) peut compter sur la CGT fidèle à elle-même qui sera un allié efficace dans l’opération. Tout ce que pourra obtenir la CGT ira dans le sens d’une légitimation de la mise dans le droit commun des cheminots.

Dans la période la CGT sait qu’elle va avoir besoin des cheminots comme apport pour le mouvement qu’elle essaye de monter en opposition au gouvernement. Comme toujours la CGT n’a pas en voie de trouver une « bonne » solution pour concilier les intérêts antagonismes entre les acteurs. Ce qui compte pour elle c’est de maintenir son pouvoir et le pouvoir en place est prêt à lui accorder une certaine part tant qu’elle voudra lui rendre service sur le plus long terme.

La CFDT (sincère ou peut-être un peu naïve) veut bien faire (les restes du fond CFTC) dans l’intérêt des salariés. Son action permet de faire la vraie analyse de la situation et de « faire patienter » les cheminots en attendant le bon vouloir de la CGT je considère que les cheminots sont devenus les idiots utiles d’une stratégie, qui ne les concerne pas directement, d’opposition au gouvernement en lien avec la France Insoumise qui a remplacé le PCF autrefois tuteur de la CGT .

2.Posté par fred le 10/10/2017 17:45
Bonjour,
Ca s'appelle de la provocation alors que le trafic est normal.
Nous ne sommes pas fonctionnaires .
Il faudrait arreter d'ecrire n'importe quoi ...avec des pseudos conseillers ....et il n'y a rien en preparation....
Aujourd'hui ,il y a bien 100 % du trafic .

3.Posté par Rachid le 10/10/2017 18:00
@ Fred
Cher Monsieur, le patron de la CGT, Monsieur Martinez, veut faire de la journée du 19 octobre une journée de lutte dans les transports entre autres !
Vous avez raison, rien n'est en préparation ou alors ils ont oublié de vous le dire !!!
Aujourd'hui, la CGT n'était pas partie prenante !
Je crains que vous ne soyez pas très réaliste même si je peux comprendre votre agacement sur le sujet. Je travaille moi aussi dans le ferroviaire !
Rachid


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