Le « bordel intersidéral » est-il un modèle de gestion des déplacements professionnels en Asie?

L’Asie est connue pour son sens de l’ordre et de l’organisation mais aussi pour l’originalité de ses process. Toux ceux qui ont visité la Chine se souviennent de ces échafaudages en bambous qui grimpent le long des buildings. Un si petit bout de bois pour de si gros projets architecturaux. Oui mais cela fait des siècles que la technique fonctionne. Pourquoi la changer ?

Le Chinois est connu pour ne pas respecter grand-chose. Ni son voisin, ni les règles. Et comme le disait Mao, "Un peuple aussi libre doit être maîtrisé, dirigé et contenu". Il ne croyait pas si bien dire. Les Chinois ont appris aux occidentaux la gestion de la masse et l’intégration de l’individu dans le nombre. Bref, un Chinois seul est indiscipliné. Un million de Chinois forment une armée de travailleurs que personne ne pourrait arrêter !

Depuis cinq ans, le Chinois est rebelle. En entrant dans le monde des classes moyennes, il a conservé le respect de l’ordre et de la loi (sinon gare à la répression) mais aussi à contourner les règles pour en tirer le meilleur. Cette technique dite du "bordel intersidéral" (traduction approximative de l’expression chinoise) a le mérite de chercher la faille dans le système pour s’y engouffrer. Exemple concret à Shanghai où l’on divorce en ce moment à tour de bras. Par lassitude conjugale ? Que nenni. Simplement pour obtenir les aides qui permettront d’acheter un nouvel appartement. Monsieur et Madame disposent ainsi d’un logement, celui où ils se sont mariés, et de … deux autres appartements, obtenus par le divorce. Tout cela est légal. On pourrait citer des dizaines d’exemples de ce type.

Quel lien avec le voyage d’affaires ? Il est comme le reste, victime des failles que l’entreprise laisse passer faute de les percevoir. Comme en Europe, la note de frais est le point d’entrée de la "bidouille légale". Depuis deux ans, des officines spécialisées, implantées dans une centaine de grandes villes chinoises, se chargent de reconstituer pour le voyageur la note de frais qu’il n’a pas eue. Pourquoi ? Tout simplement parce que le sens de la famille est ultra développé et que l’on a toujours un cousin, un oncle ou un ami prêt à héberger le voyageur d’affaires.

Et le processus s’est amplifié ces derniers mois. Faux déplacements en taxis ou en voitures privées, fausses réceptions de clients ou faux diners… La liste est longue, au point que face aux abus, on voit apparaître des inspecteurs d’un type nouveau: ils sont vérificateurs de déplacements professionnels.

Leur mission reste encore confuse tant ils s’apparentent à des détectives privés en charge de missions parfaitement maîtrisées qui vont du contrôle d’une note de restaurant à la vérification de la réservation d’hôtels. Mais une fois de plus, les Chinois malins auraient mis en place de fausses entreprises en charge de valider le faux. Mais prudence, "on parle de", "on dit que", et personne ne connaît.

Selon la presse chinoise, les européens qui passent ou s’installent temporairement en Chine ne seraient pas les derniers à utiliser de tels procédés. Et de donner des exemples, à l’image de ces entreprises américaines qui créaient de faux déplacements professionnels (cartes postales comprises et cadeaux originaux pour les enfants) afin de préserver l’infidélité de leurs clients (ou clientes).

Peut-on imaginer de telles aventures en France ? Certainement pas car le fisc veille et dispose de moyens de vérification et de contrôles qui mettent à l’abri nos entreprises. Quoique. La fraude existe, lit-on ici et là… Y compris dans DéplacementsPros. Difficile de se faire une opinion sur le sujet.

Alain Marie