Les asso face au Covid (4/4) – Agences de voyages : « Il a d’abord fallu que le gouvernement nous identifie »

Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage.

Le secteur de la distribution de voyages a pu, lui aussi, bénéficier de dispositifs d'aides spécifiques lors de la crise sanitaire. Avec une difficulté supplémentaire par rapport à l'hôtellerie ou l'aérien : son manque de visibilité.

Si l'action de la Global Business Travel Organization (GBTA) a surtout consisté en un travail de proposition et de lobbying auprès des instances européennes pour préparer les conditions de reprise du voyage d'affaires, c'est surtout les Entreprises du Voyage (EDV) qui ont été à la manœuvre pour assurer la survie des agences de voyages. Retour, avec son président Jean-Pierre Mas, sur cette année de combats.

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L'Ordonnance du 25 mars : une victoire importante

Jean-Pierre Mas : "Quand la pandémie déferle sur l'Europe, notre premier combat a été d'alerter le gouvernement sur le risque que notre industrie courait dans la perspective des nombreux séjours touristiques qui allaient être annulées. Il nous a entendu, ça a été une grande victoire et surtout un grand soulagement".

En vertu de cette ordonnance, les professionnels du tourisme peuvent désormais proposer un avoir valable 18 mois à tous les clients dont le séjour a été annulé à cause de la crise du coronavirus.

S1/S1bis : une reconnaissance indispensable

Jean-Pierre Mas : "Très rapidement il a également fallu nous faire reconnaître. Pour le gouvernement, les agences de voyage étaient très peu ou très mal identifiées. On a pu avoir des interlocuteurs qui les considéraient comme des acteurs anciens, qui n'existaient presque plus... Nous faire reconnaître, c'était concrètement nous intégrer au fonds de solidarité S1/S1bis, au même titre que les hôtels, les restaurants ou les activités à l'événementiel. Puis nous avons élargi cette revendication à des métiers plus connexes, tels que les courtiers ou la presse professionnelle."

Prise en charge des coûts fixes : le plancher qui est vache

Jean-Pierre Mas : "Quand le fonds de solidarité ne suffit pas, toutes entreprises de notre secteur devraient pouvoir bénéficier du dispositif d'aide aux coûts fixes."

Rappelons d'abord le système du fonds de solidarité : pour les entreprises qui perdent plus de 70 % de leur chiffre d’affaires (vs celui de décembre 2019 ou de la moyenne mensuelle de 2019), une indemnisation correspondant à 20 % du chiffre d’affaires mensuel dans la limite de 200 000 € par mois est allouée. Quand la perte de chiffre d’affaires atteint 50% ou plus, l’aide va jusqu’à 10 000 € ou l’indemnisation équivaut à 15% de leur chiffre d’affaires mensuel plafonnée à 200.000 €.

Quand ce fonds de solidarité ne suffit pas à équilibrer les comptes d'exploitation, une prise en charge des coûts fixes, jusqu'à 70%, vient s'y ajouter. Parfait... Sauf que cette aide exceptionnelle est réservée aux entreprises générant en 2019 un chiffre d'affaires minimum de 1M€. Et c'est ce plancher que déplore Jean-Pierre Mas.

Jean-Pierre Mas : "Ce plancher est peut-être pertinent dans les activités de production mais dans le domaine de la distribution, chiffre d'affaires et coûts fixes sont bien moins corrélés. Les EDV demandent la suppression de ce plancher qui, en plus crée une distorsion de concurrence au profit des plus grosses agences." En vain, pour l'instant.

Pourtant, le président des EDV a de forts doutes sur la capacité de ce certificat à s'étendre par-delà les frontières européennes, puisqu'il présente déjà de fortes limites à l'intérieur même de l'espace qu'il concerne...

Europe : un certificat vert à moitié plein

Alors que dans quelques jours les eurodéputés adopteront la mise en place du certificat sanitaire européen, Jean-Pierre Mas affiche sa satisfaction mais pointe des limites regrettables.

D'abord, une occasion manquée : "La mise en place d'un tel dispositif aurait pu être l'occasion d'une uniformisation des conditions d'entrée entre les pays, ce n'est pas le cas et je le regrette."

Ensuite le regret que certains pays, comme la France, fassent le choix du maintien des tests PCR pour les personnes vaccinées. "Ces tests PCR constituent une vraie contrainte, surtout pour les voyageurs fréquents, notamment les voyageurs d'affaires. Un voyageur qui se déplace trois fois à l'extérieur de ses frontières en un mois devra potentiellement passer six tests. Et s'il est français, trois au minimum, lors de son retour. Et cette contrainte peut être plus exigeante encore au retour, car dans certains pays de l'UE, les tests PCR sont parfois moins accessibles et onéreux".

> Lire aussi : le certificat vert européen, une satisfaction et des regrets, selon JP Mas

Maintenant, "combler les trous dans la raquette"

Jean-Pierre Mas : "Nous avons obtenu, avec d'autres, des dispositifs de soutien aux entreprises de notre secteur. Et nous ne mésestimons pas les efforts consentis par la collectivité. Pourtant, notre combat continue, on essaye de faire combler les trous dans la raquette. Sur le sujet du plancher des aides aux coûts fixes, comme je viens de le dire. Mais aussi sur la pérennité des dispositifs - notamment liés à l'activité partielle, jusqu'à la reprise effective de l'activité du voyage".

Reste que l'activité du voyage a deux calendriers : le tourisme et le voyage d'affaires. Et dans le cas du second, comme le reconnaît Jean-Pierre Mas "l'inertie sera plus longue. Les entreprises ont pris des habitudes, mettront un temps plus long à faire repartir leurs collaborateurs, par rapport au retour du voyage loisir".

Y a-t-il dès lors la possibilité de différencier, dans le maintien de ces aides, les agences de voyages leisure et les TMC ? "Vous savez, comme je vous le disais, l'identification des agences de voyages par le gouvernement était loin d'être une évidence. Alors, ce genre de distinction... D'autre part et plus factuellement, il n'y a pas de distinction juridique des entreprises qui exercent le même métier en fonction de leur clientèle. Ca me semble donc inenvisageable."

Les autres articles de cette série :

Les asso face au Covid (1/4) - Hôtels et restaurants

Les asso face au Covid (2/4) - MICE

Les asso face au Covid (3/4) - Transport aérien