Le canadien Benjamin Smith nommé à la tête d’Air France-KLM

Benjamin Smith est le nouveau directeur général du groupe franco-néerlandais. Un poste inusité. La présidence non exécutive de la compagnie reste assurée par Anne-Marie Couderc, l’actuelle présidente par intérim, l'évolution des contours de ce poste devant être annoncée "dans les meilleurs délais". Il serait question d'un maintien au moins jusqu’au renouvellement de l’essentiel des mandats des administrateurs, prévu courant 2019.

Le nom du canadien Benjamin Smith est apparu en plein cœur de l'été, certains ont alors parlé de rumeur même si le profil du numéro 2 d'Air Canada semblait des plus sérieux. Cette nomination d'un profil non français est une petite révolution pour le groupe.

Benjamin Smith possède un "excellent profil" pour prendre les commandes du groupe Air France-KLM, a affirmé ce jeudi le ministre de l’Économie Bruno Le Maire. Publiant dans la foulée, avec la ministre des transports Elisabeth Borne, un communiqué pour saluer "La nomination de Benjamin Smith, grand professionnel du transport aérien", considérée comme "une chance pour Air France-KLM. Il a la pleine confiance de l’Etat pour rétablir le dialogue social et relever les défis du développement, de la compétitivité et de la concurrence internationale" (à lire intégralement ci dessous).

Le groupe aérien vit des moments compliqués depuis le début de l'année, le cours boursier a chuté de près de 35% depuis le 1er janvier, et le personnel a mené 15 journées de grève pour réclamer 6% d'augmentation salariale en 2018.

Les chantiers qui attendent Benjamin Smith sont colossaux. Il devra à la fois rétablir le dialogue social et relancer la compétitivité du groupe.

La compagnie a renoué avec sa culture du conflit social après la décennie de calme qui a suivi sa réorganisation et son développement initiés par Christian Blanc avant 2000, poursuivi par Jean-Cyril Spinetta ensuite, avant les passages plutôt rapides d'Alexandre de Juniac puis Jean-Marc Janaillac.

Conflit le plus emblématique, une grève de septembre 2014, au cours de laquelle la photo de la chemise arrachée d'un des dirigeants a fait le tour du monde, alors que la direction envisageait un plan de 2.900 suppressions de postes.

La future équipe de direction devra donc apaiser les tensions sociales, et faire avancer la compagnie sur les dossiers stratégiques déjà engagés (low-cost long-courrier, réorganisation du réseau court-courrier...).

Si les trois derniers patrons du groupe, Jean-Cyril Spinetta, Alexandre de Juniac et Jean-Marc Janaillac avaient des profils semblables - ils sont tous passés par l'ENA - Benjamin Smith arrive avec une culture d'entreprise différente. Employé d'Air Canada depuis 2002, Benjamin Smith est surtout connu pour avoir signé avec les deux syndicats représentant les personnels navigants des accords sur l'organisation de la compagnie et de sa filiale à bas coût Air Canada Rouge, pour une durée de dix ans. Il est également responsable de la stratégie marketing et de "son rendement opérationnel et financier", selon le site de la compagnie canadienne.

Neuf syndicats d'Air France ont cependant jugé jeudi "inconcevable" de nommer "un dirigeant étranger" aux commandes d'Air France-KLM, s'opposant ainsi ouvertement à la désignation du Canadien. Le collectif "TousAirFrance" a quant à lui "pris acte" de la nomination de Benjamin Smith ajoutant : "Regagner la confiance des salariés et des clients devra être une priorité. Nous serons force de propositions afin de construire l'avenir avec sérénité".

Dans un communiqué (ci dessous), Benjamin Smith parle de "gagner la confiance et le respect des équipes" d'Air France KLM, soulignant que ces équipes constituent "les meilleurs atouts" du groupe. Il prendra ses fonctions chez Air France au plus tard le 30 septembre 2018.

Les marchés ont salué positivement et dès la mi-journée cette possible arrivée. Avant même la confirmation de sa nomination, le titre Air France a terminé en hausse d'un demi point ce jeudi alors que le reste du CAC 40 était morose.