Air France : des airs de printemps… qui patine !

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On reprend tout, et on recommence. Tel est le sentiment que donne aujourd’hui Air France, sur tous les sujets. Un côté ébullition, révolution des méninges qui se lâchent. On ré-imagine la compagnie, on veut le printemps d’Air France. Mais les décisions sont complexifiées par l'environnement politique et international.

L'ébullition du printemps, cela donne des suggestions, en particulier sur les réseaux sociaux, pour redéfinir la lisibilité de la compagnie. Par exemple, il y a au moins 10 ans que l’on répète la confusion des marques et la naissance de Hop!, en intégrant à elle seule 3 compagnies (pour mémoire, Airlinair, Brit’Air et Regional) a un peu simplifié le tableau mais pas suffisamment. D’autant que c’est parfois Hop ! Air France qui s’affiche ! D’où l’idée répandue de mettre le long courrier sous la marque AF à Roissy, le court et moyen-courrier sous la marque AF Express à Orly. Pas bête, mais quasi 10 ans d’efforts pour imposer la marque (qui marche bien) Hop ! s’évanouissent. Nous permettez-nous de suggérer de poursuivre Hop! Air France ? En tous cas, la nécessaire clarification sera bienvenue pour les Travel Managers et acheteurs, même s’ils savent que les équipes commerciales qui les visitent intègrent toutes les marques dans les contrats. C’est pour les voyageurs, que ce serait plus simple !

Autre idée plus que jamais répandue et qui semble avancer, la gouvernance. Des bruits qui nous parviennent, il semble que l’on s’oriente vers un PDG groupe « politique » (énarque ?) et des PDG compagnies techniciens et expert de l’aérien. Là aussi une vraie logique de fonctionnement, déjà vu dans l’histoire du groupe. A confirmer.

Du coup il reste à chercher le(s) bon(s) patron(s) pour faire le job. Côté PDG des compagnies, on peut imaginer que ceux étant déjà aux manettes n’ont pas nécessairement démérité. Côté PDG du groupe, le nom de Philippe Capron s’efface (le pauvre, voilà une vraie épine dans son CV, cette affaire) et un portrait chinois s’esquisse. Il faudra un profil international, capable de convaincre les néerlandais mais aussi les Américains de Delta et les Chinois d’Eastern , tous deux désormais actionnaires.

Il faut un connaisseur de l'aérien quand même, pour ne pas perdre de temps à lui expliquer les subtilités des alliances aériennes, de l'actionnariat, des joint-venture et autres codeshares. Il faut lui ajouter une couche de sensibilité sociale, pour éviter de se prendre d'emblée le mur syndical, à moins qu'il ne laisse la gestion complète à son DG, comme Jean-Marc Janaillac, qui a cru ensuite habile de mettre en jeu son mandat sur une question qu'il n'avait pas négociée.

A propos, il faut aussi que ce soit un(e) patron(ne) non-susceptible, parce que le séminaire stratégique du début de semaine ayant déjà validé les options prises par son prédécesseur, on lui suggère d'enfiler les pantoufles déjà chaudes. D'avoir des idées, mais pas trop. Bref, de savoir agir dans la continuité alors qu'on aurait pensé qu'après avoir usé son PDG en moins de 2 ans, c'est justement d'un coup de poing sur la table dont aurait besoin le groupe.

Le comité des nominations semble avoir été invité à remettre son ouvrage sur le métier. Compte-tenu de" l'expérience Capron", Il va aussi lui falloir dénicher une perle rare, un casse-cou qui n'a rien à perdre et qui a déjà tout prouvé, une main qui s'impose sans étrangler dans l’œuf les initiatives et la créativité dont les équipes semblent savoir faire preuve. Après une lettre des syndicats puis une déclaration d'amour, il y a du grain à moudre...

Annie Fave